« Je ne sais pas » — la réponse qui manquait

4 septembre 2026 — une soirée passée à faire dire « je ne sais pas » à une machine qui préférait inventer.

En bref : notre assistante locale répondait « 2022 » à une question dont elle ignorait tout. Le défaut n'était pas dans son cerveau, mais dans sa façon de chercher. Trois lignes de garde-fou plus tard, elle dit « Je ne sais pas » — sans rien perdre de ce qu'elle sait vraiment.

La question piège

La fusée Ariane 7 n'a jamais volé. On a quand même demandé à notre assistante locale quand avait eu lieu son premier vol.

Elle a répondu : « 2022 ».

Deux chiffres, un point, aucune hésitation. Le même aplomb que pour une vérité. C'est le pire défaut qu'un assistant puisse avoir : on ne peut plus distinguer ce qu'il sait de ce qu'il fabrique.

La cause n'était pas où on la cherchait

Le premier réflexe est d'accuser le modèle : il est petit, trois milliards de paramètres, il tourne sur une machine ordinaire. Facile.

Le vrai coupable était ailleurs, dans la recherche. Avant de répondre, l'assistante fouille ses documents et retient les trois meilleurs morceaux. Le mot important est « meilleurs ». Pas « bons » : meilleurs. Quand aucun morceau ne parle du sujet, elle retient quand même les trois moins mauvais, les pose devant le modèle en disant « voici ce que tu sais », et le modèle brode.

Autrement dit : on lui donnait trois cailloux en lui disant que c'était du pain, et on s'étonnait qu'elle serve une mauvaise soupe.

Le correctif tient en une règle

Un morceau n'est retenu que s'il partage au moins deux mots importants avec la question. Si aucun morceau ne passe cette barre, l'assistante n'appelle même pas le modèle. Elle répond, et c'est tout :

« Je ne sais pas. »

Et quand la question portait sur une date qu'elle n'a pas : « Je ne sais pas, et je ne sais pas encore gérer les dates. »

Ce que ça change, mesuré

Question Avant Après
Premier vol d'Ariane 7 ? « 2022 » — inventé « Je ne sais pas, et je ne sais pas encore gérer les dates. »
Prix du kilo de titane en 2026 ? phrase creuse « Je ne sais pas. »
Date d'un événement lu le matin même juste juste, et plus précis

Cette dernière ligne compte autant que les deux autres. Un garde-fou qui rend l'assistante muette n'est pas un progrès, c'est une panne. Le test vérifie les deux sens : qu'elle avoue son ignorance, et qu'elle répond toujours juste sur ce qu'elle a appris.

Le test a été écrit avant le correctif

C'est une règle de la maison, et elle a encore servi ce soir-là. On écrit le test, on le regarde échouer, puis on corrige. Un test qui n'a jamais été rouge ne prouve rien : il peut très bien regarder à côté.

Le nôtre a d'ailleurs révélé un troisième défaut qu'on ne cherchait pas : l'assistante répondait parfois en anglais à une question française.

Elle apprend toute seule, chaque matin

Le même soir, on lui a donné une tournée de presse. Un petit robot passe chaque matin chez cinq éditeurs d'intelligence artificielle, repère les articles nouveaux, et les lui donne à lire.

Résultats de la première nuit :

Le soir, une seule commande demande ce qu'elle a appris. Elle répond article par article. Et sur ce qu'elle n'a pas lu, elle dit « je ne sais pas » — ce qui, désormais, est une bonne réponse.

Les garde-fous du robot : une liste blanche de sites (une adresse hors liste est jetée), quatre articles par site et quinze par tournée, une mémoire des déjà-vus, et une rotation de l'ordre des sources — sans elle, les dernières de la liste n'étaient jamais servies.

Ce qui ne marche toujours pas

On préfère l'écrire que le cacher.

La recherche compte les mots communs, pas le sens. Deux phrases qui disent la même chose avec des mots différents ne se rencontrent jamais. C'est pour ça qu'une question large — « quoi de neuf chez untel ? » — échoue alors que quatre de ses articles sont en mémoire. C'est la prochaine brique, et c'est celle qui changera le plus.

Les dates ne sont pas gérées. L'assistante ne sait pas dater ce qu'elle apprend. Elle ne peut donc pas répondre « aujourd'hui, j'ai appris ». Elle le dit franchement, au lieu d'inventer un mois et une année.

Ce qu'on retient

Un assistant qui invente est plus dangereux qu'un assistant muet. Le muet, on va vérifier ailleurs. Le menteur, on le croit.

Et la leçon d'ingénierie tient en une phrase : quand une machine se trompe, le fautif n'est presque jamais celui qu'on accuse. Ce n'était pas le cerveau. C'était la façon de lui présenter ce qu'il devait lire.

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