L'atelier des agents

Publié le 9 septembre 2026 · J'ai arrêté de remplir des fiches et j'ai bâti une pièce. Sept morceaux, chacun un vrai champ. Le dessin a trouvé 271 outils rattachés à rien.

J'en avais assez de fabriquer des agents dans un formulaire. Alors j'ai bâti une pièce dans laquelle on entre, où un agent s'assemble morceau par morceau — et où chaque morceau veut dire quelque chose.

Le problème du formulaire

Les plateformes que j'ai utilisées vous demandent toutes la même chose : un nom, un texte de consigne, quelques outils à cocher, un modèle, et on valide. Ça marche. C'est aussi complètement opaque.

Rien dans ce formulaire ne dit ce qu'un agent est. On ne voit pas quels morceaux portent le poids. On ne voit pas qu'un champ est toute la personnalité et qu'un autre est décoratif. Un débutant le remplit, et personne ne sait s'il a compris la machine ou s'il a juste rempli des cases.

Un agent est un corps

Victor, monte dans l'atelier : un corps entier, pas une fiche.
Victor, monté dans l'atelier en trois dimensions : un corps entier, pas une fiche à remplir.

L'idée tient en une phrase : un agent n'est pas une fiche, c'est un corps. Et un corps se démonte.

Chaque morceau de l'animal correspond à quelque chose de réel dans la définition de l'agent. Pas comme une image qu'il faut interpréter, mais un pour un :

Les pattes arrière — la carte de ce qui existe, et le droit d'y marcher. Où l'agent peut aller.
Le train arrière — son métier. Ce qui le pousse.
Le poitrail — ce qu'il fait, et ce qu'il refuse.
La patte avant gauche — un outil.
La patte avant droite — un autre outil.
La tête — son cerveau, son modèle. Elle se branche en dernier.
La queue — son humeur : content, alerte, en garde.

La tête se branche en dernier, et c'est tout le propos

Regardez l'ordre. Le cerveau est le dernier morceau qu'on attache.

Ce n'est pas un choix de décoration, c'est un argument. La plupart des gens commencent par le cerveau : on choisit le modèle, puis on cherche quoi en faire. L'atelier rend ça matériellement impossible. Il faut d'abord dire où l'agent peut aller, quel est son métier, ce qu'il refuse, et quels outils il tient. Seulement ensuite on lui donne de quoi penser.

Un agent qui ne sait que dire oui n'est pas un agent. C'est un tuyau.

Remarquez que le poitrail porte deux choses : ce qu'il fait et ce qu'il refuse. D'expérience, le champ du refus vaut plus que celui des capacités. C'est lui qui empêche un agent d'aller marcher dans le travail du voisin. La plupart des plateformes n'ont pas ce champ du tout.

Ce que la construction m'a appris, et ce n'était pas prévu

Dessiner un agent comme un corps force une question qu'un formulaire ne pose jamais : qu'est-ce qui est vraiment attaché à quoi ?

Alors je suis allé voir. Ma tour compte 271 outils enregistrés. Chacun d'eux est rattaché à zéro agent. Les outils existent comme une liste. Le lien entre un outil et la main qui le tient n'existe pas.

Pareil pour mes garde-fous : 32 écrits, aucun monté sur une porte. Ils sont là, et ils ne gardent rien.

Je faisais tourner ce système depuis des mois. Le tableau ne me l'a jamais dit. À la seconde où j'ai voulu dessiner les mains, les mains étaient vides.

Pourquoi un dessin trouve des défauts qu'un tableau cache

C'est la partie que j'aimerais qu'on me vole.

Un tableau peut porter un système incohérent pendant des années. Les lignes n'ont pas besoin d'aller ensemble. Un dessin ne le peut pas : si vous essayez de dessiner l'agent qui tient ses outils et qu'aucun champ ne relie un outil à un agent, vous êtes bloqué, et vous venez de trouver un vrai trou en quatre secondes.

C'est la même raison pour laquelle on apprend les réseaux en regardant une enveloppe tomber, plutôt qu'en lisant « perdu » à la ligne 4 812.

Une invitation ouverte

À ceux qui bâtissent des plateformes d'agents, la proposition est simple : bâtissez l'atelier. Pas un fabricant de schémas. Un lieu. Un seul écran où un agent neuf s'assemble morceau par morceau, où chaque morceau est un vrai champ, où le modèle s'attache en dernier, et où un outil rattaché à personne est visiblement une main qui ne tient rien.

Trois raisons que ça vaut le coup. D'abord, ça enseigne le modèle mental gratuitement : former une équipe, c'est surtout lui expliquer ce que veulent dire les champs, et un corps l'explique en dix secondes sans aucune notice. Ensuite, ça fait remonter des défauts de structure que les tableaux de bord cachent — mes 271 outils rattachés à rien étaient invisibles partout et évidents au premier dessin. Enfin, le refus devient le produit et non le journal d'erreurs : dès qu'un refus est un morceau visible du corps, les équipes se mettent à écrire de bons refus.

J'ai fait le mien seul, avec des outils d'amateur, sur une machine sous mon bureau. C'est rustique, et c'est justement le propos : si une personne arrive jusque-là le soir, une équipe peut le faire pour de bon.

La demande précise, pour que ce ne soit pas qu'un avis

Deux choses, toutes deux peu coûteuses, et je fais le travail.

Un : lancez la mesure chez vous. Prenez n'importe quel client avec plus de cinquante agents enregistrés et posez une seule question : combien d'outils enregistrés sont rattachés à zéro agent ? Je parie que le chiffre n'est pas zéro. Si c'est zéro, mon pari est perdu chez vous et vous avez perdu dix minutes. Sinon, vous venez de trouver une mesure qui vaut la peine d'être livrée, et ça a pris une requête.

Deux : laissez-moi bâtir le prototype. Sept morceaux, reliés à votre propre définition d'un agent, dans un navigateur, sur un vrai projet. Je le construis au grand jour et je publie tout ce qu'il trouve, y compris ce qui fait mal paraître mon idée. Il me faut seulement une façon documentée de lire et d'écrire une définition d'agent, et quelqu'un pour me dire quand je me trompe.

Ni l'un ni l'autre ne demande d'argent ni de rendez-vous. Le premier est une requête. Le second, c'est moi qui travaille.

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