Un site bilingue a deux vitrines, et on n'en regarde qu'une
Notre chaîne de publication vérifie que chaque page française a bien sa jumelle anglaise. Elle le vérifiait correctement, et elle disait vrai. Neuf articles étaient pourtant introuvables pour un lecteur anglophone.
1. Deux vérités qui ne se recouvrent pas
Le contrôle répondait à la question : « ce texte existe-t-il en anglais ? » Pour les neuf, la réponse était oui. Les fichiers existaient, traduits, corrects, servis, joignables par leur adresse.
La question qu'on n'avait posée à personne était : « un lecteur anglophone peut-il tomber dessus ? » Et la réponse était non, parce que la page qui liste les articles en anglais ne contenait pas leur carte.
Quarante cartes d'un côté, trente de l'autre. Un écart de neuf, dont deux des textes qu'on considère comme nos meilleurs. Existants, invisibles.
2. Pourquoi ce trou s'est creusé tout seul
Personne n'a décidé de négliger l'anglais. Le mécanisme est plus ordinaire : on écrit en français, on relit en français, on regarde le résultat en français. La version anglaise est produite, vérifiée automatiquement, et jamais ouverte.
L'ajout d'une carte à l'index est une étape manuelle, séparée de la création de l'article. Faite une fois sur deux, elle laisse une dette qui ne se voit pas : rien ne casse, rien ne remonte, aucune page ne renvoie d'erreur. Le site est simplement plus petit pour la moitié de ses visiteurs.
C'est la forme la plus discrète de dette : celle où tout fonctionne, et où seule l'absence est le défaut.
3. Ce qu'on a fait, et ce qu'on a appris en le faisant
On a comparé les deux listes, article par article, et reconstruit les neuf cartes manquantes en clonant une carte existante — jamais en écrivant à la main, sinon la dixième finit différente des trente-neuf autres.
L'outil a refusé quatre des neuf. Leur rubrique française n'avait pas de traduction connue dans sa table, et il a préféré s'arrêter en nommant le problème plutôt que d'inventer un mot. C'est exactement ce qu'on lui demande : un outil qui devine produit du texte crédible et faux, et personne ne le relit puisqu'il n'a rien signalé.
Un détail technique mérite d'être noté, parce qu'il est invisible et casse tout : chaque carte porte un dessin dont le dégradé est référencé par un identifiant. Cloner une carte sans renommer cet identifiant crée deux fois le même nom dans la page — et le navigateur résout la référence sur la première occurrence. Les deux cartes finissent avec le même fond, sans qu'aucune erreur n'apparaisse nulle part.
4. La règle qui manquait
« Chaque page a sa traduction » n'est pas la même exigence que « chaque page est atteignable dans les deux langues ». La première parle de fichiers, la seconde de parcours. Un contrôle qui vérifie l'existence ne dit rien de l'accessibilité.
Pour un site qui s'adresse à des lecteurs des deux côtés, la seconde exigence est celle qui compte. Un article que personne ne peut trouver n'est pas publié : il est déposé.
- Un fichier qui existe et une page qu'on peut atteindre sont deux choses distinctes. Vérifier la première rassure à tort.
- La langue qu'on ne relit pas accumule une dette silencieuse. Rien ne casse — le site rétrécit, c'est tout.
- Un outil qui refuse en nommant le problème vaut mieux qu'un outil qui devine. Le second ne demande jamais rien à personne.