On pèse le cœur d'un agent avant de le laisser entrer
Dans l'Égypte ancienne, on ne demandait pas au mort ce qu'il valait. On posait son cœur sur une balance, en face d'une plume, devant le tribunal d'Osiris. Le cœur parlait à sa place.
Nous avons construit une salle où l'on assemble un agent morceau par morceau. Elle s'appelle Osiris. Ce n'est pas une coquetterie de nom.
Un agent n'est pas un bloc
Quand on dit « un agent IA », on imagine une chose entière, qu'on branche ou qu'on débranche. Ça ne ressemble pas à ce qu'on fabrique.
Sur l'établi, Osiris arrive en sept pièces : les pattes arrière, le train arrière, le poitrail, la patte avant gauche, la patte avant droite, la tête, la queue. On clique une pièce, elle se pose. On reclique, elle s'enlève. L'agent existe à moitié, et on le voit.
C'est là que quelque chose se comprend sans explication : un agent auquel il manque une patte tient debout à l'écran, et ne va nulle part. On peut lui parler, il répond. Il a l'air complet. Il ne l'est pas.
C'est exactement le piège de nos agents logiciels. Ils répondent toujours. Répondre n'est pas savoir faire.
Le cœur, et pourquoi il est au milieu
Au centre du poitrail, il y a un cœur rose. On appuie dessus, et on parle à Osiris. Pas un menu, pas un bouton « chat » dans un coin : le cœur.
Le choix est volontaire. Dans nos autres pages, la conversation est un accessoire posé sur le côté. Ici, elle est l'organe central, et tout le reste est accroché autour. Ça dit ce qu'on pense d'un agent : sans la parole, les six autres morceaux ne servent à rien ; sans les six autres morceaux, la parole ne fait rien.
Ce que la salle a révélé sans qu'on lui demande
Une salle où l'on pose des morceaux oblige à savoir ce qu'on possède. En la remplissant, nous avons découvert que 271 outils de la tour n'étaient rattachés à aucun agent. Ils existaient, ils marchaient, et personne ne pouvait dire à qui ils servaient.
Ce n'est pas la salle qui a créé le problème. Elle l'a rendu impossible à ne pas voir. Un tableau de chiffres l'aurait caché ; un chien à qui il manque des pattes, non.
L'incubation, et le mot qui va avec
Nous appelons ça une incubation, pas une installation. Une installation, on la lance et on attend qu'elle finisse. Une incubation, on la surveille, et elle peut rater.
Un agent qui sort de là n'a pas gagné le droit de travailler parce qu'il démarre. Il l'a gagné parce que chaque morceau est là, et parce qu'on peut le montrer. C'est ça, peser le cœur : ne pas demander à la chose ce qu'elle vaut, mais regarder ce qu'elle porte.
Pourquoi ça compte plus qu'un joli écran
Nous avons appris à nos dépens qu'un contrôle qui dit « tout va bien » sans rien regarder fait pire que rien : il rassure. Un agent qui dit « c'est fait » sans preuve fait exactement la même chose.
La salle d'Osiris est notre réponse la plus simple à ce problème. Elle ne demande rien à l'agent. Elle montre ses morceaux, un par un, et laisse n'importe qui compter.
Une plume d'un côté, un cœur de l'autre. Rien à croire sur parole.