Qui vient prendre, et comment on le prouve
Le droit voisin existe. Un créateur peut se plaindre qu'on ait pris son œuvre. Mais pour se plaindre, il faut d'abord constater. Et aujourd'hui, presque aucun créateur ne sait dire qui est venu chez lui, quand, ni ce qu'il a emporté.
C'est le trou. Pas la loi : la preuve. Cette page raconte ce qu'on peut mesurer quand on décide de regarder, sur un seul serveur, celui qui sert ce site.
Ce qui a été mesuré aujourd'hui
Sur les vingt-quatre heures écoulées, le portier a lu 47 098 passages. 44 498 venaient de la maison — le serveur qui se parle à lui-même, nos propres robots, la box du bureau. Le vrai dehors, c'est 2 600 passages, cinq sur cent. Tout chiffre de fréquentation qui ne retire pas les siens est faux d'un facteur vingt. C'est la première leçon, et elle est gênante.
Sur ces 2 600 passages, la totalité des portes forcées visait la même chose :
/.env, le fichier où un site range ses mots de passe, et
/.git/config, l'adresse de son code source. Quatorze tentatives sur
le premier, onze variantes du même fichier ailleurs, huit sur le second.
Aucune n'a rien obtenu.
Nommer, et non deviner
Un visiteur annonce qui il est dans une petite phrase appelée « carte de visite ». Cette phrase est du texte libre : n'importe qui peut y écrire n'importe quoi. Un robot qui dit « je suis Googlebot » ne prouve rien.
Le lecteur posé ici nomme vingt-six acteurs — moteurs de recherche, robots d'intelligence artificielle, outils de mesure, réseaux sociaux. Parmi eux : OpenAI, Anthropic, Perplexity, Meta, ByteDance, Common Crawl, Amazon, Apple, Google, Microsoft, Yandex, Baidu.
googlebot.com. Une machine louée dans le
même bâtiment finit par googleusercontent.com. Confondre les deux,
c'est laisser entrer n'importe qui — ou accuser Google à tort. Les deux erreurs
ont été commises ici avant d'être corrigées.
Certains éditeurs publient la liste des adresses de leurs robots, ce qui rend la vérification possible. D'autres non. Quand un nom n'a pas d'annuaire officiel, la seule réponse honnête est : « on ne peut ni le croire, ni l'accuser ». C'est écrit tel quel dans le tableau, plutôt qu'un verdict inventé.
Reconnaître une machine qui change de nom
Le déguisement est le vrai problème. Un robot qui se fait refuser revient sous un autre nom, depuis une autre adresse, avec une autre carte de visite. Le nom ne sert plus à rien.
Mais il reste quelque chose qu'un programme ne change pas facilement : la façon dont il ouvre la conversation chiffrée. Les premiers mots échangés pour établir une connexion sécurisée forment un motif — une empreinte de poignée de main. Elle suit la machine, pas le déguisement.
Ce que ça change pour un créateur
Aujourd'hui, quand un auteur soupçonne qu'un modèle d'intelligence artificielle s'est nourri de son travail, il n'a rien à montrer. Pas de date, pas de trace, pas de nom. Il ne peut ni négocier, ni refuser, ni se plaindre utilement. Il ne sait pas.
Ce qui est décrit ici ne règle pas ce problème. C'est un serveur, pas une institution. Mais ça montre que le constat est techniquement faisable, avec des outils libres, sur une machine ordinaire, par une seule personne. Et que ce qui manque n'est pas la technique : c'est que personne ne l'ait encore posé chez les créateurs.
Ce qui n'est pas prouvé, et qu'on ne prétendra pas
Voir un robot passer ne prouve pas qu'une œuvre a servi à entraîner un modèle. On mesure une visite, pas un usage. Le chemin entre les deux — quelle page, quel modèle, quelle version — reste entier.
De même, une adresse fermée peut être partagée par des milliers de gens innocents. C'est pour cela que chaque fermeture porte son motif : sans motif, une liste noire est une punition aveugle.
Une leçon de la même journée, pour l'illustrer : le pare-feu de ce serveur a fermé à vie l'accès à un téléphone et à un visiteur qui lisait simplement un CV. Aucun des deux n'avait rien fait. La cause était une contradiction dans notre propre configuration. Un outil de constat qui ne se surveille pas lui-même produit des accusations fausses — et c'est le danger principal de tout ce qui est décrit ici.
La suite
Ce chantier est ouvert, en France, et documenté au fur et à mesure — y compris les erreurs, qui sont la partie utile. Le code, la méthode et les relevés sont consultables.
Si vous travaillez sur la protection des créateurs face aux modèles d'intelligence artificielle, ou si vous voulez le même relevé sur vos propres sites, la porte est ouverte : nous écrire.