Le robot qui jurait être Google
Chaque visiteur automatique se présente avec une carte de visite : « je suis Googlebot ». Longtemps, la tour a rangé ses visiteurs d'après cette carte. Puis on a retrouvé, dans nos propres journaux, un « Googlebot » qui cherchait des fichiers de configuration. La carte est du texte libre. On a arrêté de la croire.
1. La carte de visite est du texte libre
Quand une machine demande une page, elle envoie une phrase qui dit qui
elle est. Cette phrase n'est ni signée, ni contrôlée, ni réservée :
n'importe quel programme de trois lignes peut y écrire
Googlebot/2.1. Se déguiser en robot de Google est même un
choix rationnel pour un attaquant — les sites hésitent à bloquer
Google, de peur de disparaître des résultats de recherche.
Nos journaux en gardent la preuve : un visiteur portant cette carte a demandé des pages de diagnostic de serveur qu'aucun moteur de recherche ne demande jamais. Le vrai Google range des articles ; celui-là cherchait des portes mal fermées.
2. L'aller-retour au bottin d'internet
La parade n'a rien d'une intelligence artificielle. C'est un aller-retour dans le bottin public d'internet, celui qui relie les adresses aux noms. Premier trajet : de l'adresse du visiteur, on remonte à son nom de machine. Si la carte dit Google mais que le nom ne finit pas chez Google, le mensonge est déjà visible. Second trajet, le plus important : de ce nom, on redescend à l'adresse — et elle doit redonner exactement celle du visiteur. Sans ce retour, un menteur pourrait aussi mentir sur son nom de machine.
Certains éditeurs publient en plus la liste officielle des adresses de leurs robots. On la consulte aussi. Et quand un robot n'a ni bottin ni liste, on le note honnêtement : invérifiable. On ne peut ni le croire, ni l'accuser.
3. Trois verdicts, pas deux
Chaque passage reçoit donc un verdict : vrai — son adresse confirme son nom ; faux — son adresse dit le contraire, il ment ; invérifiable — ce nom n'a pas de bottin officiel. Ce troisième verdict est celui qui coûte le plus de discipline. La tentation est grande de le fondre dans l'un des deux autres. Mais dire « je ne peux pas trancher » est une information, pas un aveu de faiblesse.
Sur la période mesurée, tous les grands moteurs qui se sont présentés ont passé l'épreuve. Aucun menteur ce jour-là. Le verdict tourne pourtant à chaque analyse : le jour où un faux Google se présentera, il sortira en rouge, tout seul, sans qu'on ait à y penser.
4. Ce que ça change
Avant, la question « qui vient sur le site ? » recevait une réponse d'annuaire : la liste des noms déclarés. C'était une réponse en confiance. Maintenant c'est une réponse en preuve : le nom déclaré, ET ce que le bottin en dit. La différence semble mince. Elle est exactement celle qui sépare « il m'a dit qu'il était policier » de « j'ai vérifié sa plaque ».
- Un nom n'est pas une identité. Il est écrit par celui qui se présente, pas par une autorité.
- La vérification est déterministe : un aller-retour dans un bottin public. Aucun modèle, aucun flair, aucune devinette.
- « Invérifiable » est un verdict à part entière. Le fondre dans « vrai » ou « faux » fabrique de la fausse certitude.