Le travail que personne ne note finit par disparaître
Le même fichier, en deux exemplaires. Chacun a été réparé d’un côté différent. Poser l’un sur l’autre casse tout.
Le carnet
Quand on écrit un programme, on tient un carnet à côté. À chaque changement, on y note trois choses : quoi a changé, qui l’a fait, quand.
Ce carnet sert deux jours dans l’année, et ces deux jours arrivent toujours : le jour où ça casse, il dit ce qui a bougé juste avant ; le jour où on veut revenir à hier, il permet d’y revenir.
Un travail qu’on ne note pas dans le carnet existe quand même. Mais seulement tant que la machine tient.
Ce qui s’est passé
Le 5 septembre, on répare le programme qui dit qui vient sur les sites. La réparation attendait dans le carnet. On la pose. Le programme tombe en panne. On revient en arrière en une minute.
Puis on cherche pourquoi. Et ce qu’on trouve est pire que la panne.
Deux exemplaires, aucun complet
Ce programme existait en double. Un exemplaire tournait sur la machine. Un autre était rangé avec le carnet. On croyait que le second copiait le premier.
Faux. Les deux avaient changé chacun de leur côté, et pas au même endroit. L’un savait bien décrire un visiteur. L’autre savait bien nettoyer sa mémoire. Aucun ne savait faire les deux.
Poser l’un sur l’autre, c’était donc perdre la moitié du travail. C’est ce qui a cassé le service.
Ce qu’on a trouvé en cherchant
On a compté les fichiers. Le dossier qui tourne en contient dix. Le carnet en connaît cinq. Les cinq autres n’ont ni date, ni auteur, ni retour possible.
Et le carnet principal attendait 81 fichiers qu’on ne lui avait jamais donnés. Il ne s’était pas plaint. Un carnet ne se plaint jamais.
Pire : la machine ne pouvait plus rien lui envoyer. Son mot de passe était mort depuis des jours, et personne n’en savait rien.
Trois règles
Le fichier qui tourne n’est pas la référence. La référence, c’est celui que le carnet connaît. Tant que les deux vivent chacun de leur côté, la question « lequel est le bon ? » n’a pas de réponse.
On compare avant de poser. Une commande dit combien de lignes diffèrent. Trente secondes de lecture auraient évité la panne.
Ce qui rate doit faire du bruit. Un envoi refusé, une sauvegarde arrêtée : tant que rien ne le dit, le silence ressemble au bon fonctionnement.
Les agents ne sont pas différents de nous. Ils écrivent vite, beaucoup, et là où ça tourne. Si personne ne note ce qu’ils font, leur travail dure jusqu’à la prochaine panne.